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Propriétaire qui bloque l'état des lieux de sortie : que faire ?

Votre propriétaire repousse sans cesse l'état des lieux de sortie et vous continuez à payer loyer et charges ? Voici comment forcer la réalisation de l'EDL, cesser les paiements et récupérer votre dépôt de garantie.

Par Robert S. · Publié le 13 août 2026 · Vérifié juridiquement le -

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Votre préavis est terminé depuis des semaines, vous avez déjà rendu les clés ou vous attendez désespérément que le propriétaire daigne fixer une date pour l'état des lieux de sortie. Pendant ce temps, les loyers continuent de tomber, les factures s'accumulent, et vous avez l'impression d'être pris en otage. C'est une situation plus fréquente qu'on ne le croit, et elle a un nom : le blocage d'état des lieux.

La bonne nouvelle, c'est que vous n'êtes pas obligé de subir. La loi prévoit des mécanismes précis pour débloquer la situation, et le propriétaire qui traîne volontairement les pieds s'expose à des conséquences financières.

La réponse en 30 secondes

Non, vous n'avez pas à payer de loyer au-delà de la fin de votre préavis si vous avez libéré le logement et que le propriétaire bloque l'état des lieux. Le bail est résilié à la date d'effet du congé, pas à la date de l'EDL. Pour forcer les choses, faites appel à un commissaire de justice (ex-huissier) qui établira l'état des lieux de sortie de manière unilatérale, à frais partagés par moitié entre vous et le bailleur. C'est la solution prévue par l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989.

Avant d'en arriver là, vérifiez votre bail et votre situation avec un œil neuf. Un simple contrôle peut révéler d'autres irrégularités qui joueront en votre faveur.

Ce que dit la loi

L'article 3-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 encadre précisément l'état des lieux de sortie. Le principe est simple : l'EDL doit être établi contradictoirement, c'est-à-dire en présence des deux parties, ou de leurs représentants. Mais le législateur a prévu le cas où l'une des parties fait obstruction.

Le texte est limpide :

Si l'état des lieux ne peut être établi dans les conditions prévues au premier alinéa, il est établi par un commissaire de justice, sur l'initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié entre le bailleur et le locataire et à un coût fixé par décret en Conseil d'Etat. Dans ce cas, les parties en sont avisées par le commissaire de justice au moins sept jours à l'avance, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception.

Concrètement, cela signifie trois choses :

  1. Vous pouvez prendre l'initiative. Vous n'avez pas besoin de l'accord du propriétaire pour faire établir l'EDL par un commissaire de justice.
  2. Les frais sont partagés. Le coût de l'intervention est divisé par deux, que le propriétaire soit d'accord ou non.
  3. Le propriétaire est prévenu. Le commissaire de justice doit avertir les deux parties au moins 7 jours avant son passage, par lettre recommandée avec accusé de réception.

Le commissaire de justice n'a pas besoin de la présence du propriétaire. Il lui suffit d'avoir les clés du logement. Son constat est opposable : ce qu'il écrit fait foi, comme si l'EDL avait été signé par les deux parties.

Pourquoi cela peut poser problème

Le blocage de l'état des lieux de sortie n'est presque jamais anodin. Dans la grande majorité des cas, le propriétaire a un intérêt financier à retarder l'échéance.

Le loyer continue de courir. Tant que l'EDL n'est pas fait, certains bailleurs estiment que le locataire est toujours redevable. C'est juridiquement faux — le bail prend fin à la date d'effet du congé, pas à la date de l'EDL — mais dans la pratique, beaucoup de locataires paient par peur ou par méconnaissance.

Le dépôt de garantie reste bloqué. Le délai de restitution du dépôt de garantie court à partir de la remise des clés, pas de l'EDL. Mais si le propriétaire refuse de prendre les clés ou de faire l'EDL, il peut prétendre que le délai n'a pas commencé à courir. C'est un argument fallacieux, mais il faut le contrer.

Les dégradations deviennent invérifiables. Plus le temps passe, plus il est difficile de prouver l'état du logement au moment de votre départ. Le propriétaire pourrait invoquer des dégradations survenues après votre départ, ou simplement laisser le logement se dégrader pour justifier des retenues.

La mauvaise foi se paie cash. Un propriétaire qui bloque l'EDL pour continuer à percevoir des loyers commet une faute. S'il refuse ensuite de restituer le dépôt de garantie ou réclame des loyers indus, le juge appréciera sa mauvaise foi. Gardez toutes les preuves : SMS, e-mails, courriers, relevés d'appels.

Exemple concret

Prenons le cas d'Alicia, locataire d'un logement vide. Elle donne son congé par lettre recommandée avec accusé de réception. Son préavis de 3 mois court à partir de la réception du courrier. Elle paie son loyer jusqu'à la fin du préavis, comme elle le doit.

À l'approche de la date de remise des clés, la propriétaire annule le rendez-vous pour des raisons médicales, puis invoque une panne d'électricité, puis refuse tous les créneaux proposés. Deux mois après la fin du préavis, l'EDL n'est toujours pas fait. La propriétaire réclame les loyers de ces deux mois.

Que peut faire Alicia ?

  1. Cesser de payer. Le bail est résilié depuis la fin du préavis. Elle n'est plus redevable d'aucun loyer, à condition d'avoir libéré le logement et d'avoir proposé des dates pour l'EDL.
  2. Faire appel à un commissaire de justice. Elle prend l'initiative, fait établir l'EDL unilatéralement, et les frais seront partagés par moitié avec la propriétaire.
  3. Rendre les clés. Elle peut remettre les clés au commissaire de justice, qui les transmettra à la propriétaire. La remise des clés fait courir le délai de restitution du dépôt de garantie.
  4. Exiger la restitution du dépôt de garantie. Si l'EDL de sortie est conforme à l'EDL d'entrée, la propriétaire doit restituer le dépôt sous 1 mois à compter de la remise des clés. En cas de différences, le délai passe à 2 mois.

Les exceptions à connaître

Logement meublé ou logement vide. Les règles de préavis diffèrent (1 mois pour un meublé, 3 mois pour un vide en zone tendue, parfois réduits), mais le mécanisme de l'EDL par commissaire de justice est identique. L'article 3-2 de la loi de 1989 s'applique aux deux types de baux.

Colocation avec clause de solidarité. Si vous quittez une colocation, votre obligation de payer le loyer peut se prolonger au-delà de votre préavis si le bail contient une clause de solidarité. Dans ce cas, le blocage de l'EDL par le propriétaire ne vous libère pas automatiquement de votre obligation solidaire envers les colocataires restants.

Bail mobilité ou bail étudiant. Les baux de courte durée (mobilité, étudiant) suivent les mêmes règles pour l'EDL. Le recours au commissaire de justice est toujours possible.

Logement HLM. Les bailleurs sociaux sont soumis aux mêmes obligations. Le blocage d'EDL est plus rare, mais le recours au commissaire de justice reste valable.

Checklist : ce qu'il faut faire maintenant

Actions possibles

1. La mise en demeure. Avant de saisir un commissaire de justice, envoyez une lettre recommandée avec AR au propriétaire. Rappelez-lui la date de fin du préavis, listez vos tentatives de fixation de l'EDL, et annoncez que vous ferez appel à un commissaire de justice à frais partagés s'il ne propose pas une date sous 8 jours. Cette lettre servira de preuve de votre bonne foi.

2. Le commissaire de justice. C'est l'arme la plus efficace. Le commissaire de justice fixe une date, prévient les deux parties par LRAR au moins 7 jours à l'avance, et établit l'EDL même en l'absence du propriétaire. Le coût est partagé par moitié. Vous pouvez lui remettre les clés, qu'il transmettra au propriétaire.

3. La remise des clés. Si le propriétaire refuse de prendre les clés, remettez-les au commissaire de justice ou envoyez-les par lettre recommandée avec AR. La date de remise des clés est le point de départ du délai de restitution du dépôt de garantie : 1 mois si l'EDL de sortie est conforme à l'EDL d'entrée, 2 mois en cas de différences.

4. La contestation des loyers réclamés. Si le propriétaire vous réclame des loyers après la fin du préavis, contestez par écrit. Vous n'êtes redevable d'aucun loyer après la date d'effet du congé, à condition d'avoir libéré le logement. Le propriétaire qui bloque l'EDL ne peut pas vous imposer de continuer à payer.

5. La saisine du juge. En dernier recours, le juge des contentieux de la protection peut être saisi pour faire constater la résiliation du bail, ordonner la restitution du dépôt de garantie et condamner le propriétaire à des dommages et intérêts pour résistance abusive.

FAQ

Dois-je continuer à payer le loyer si le propriétaire ne fait pas l'EDL ? Non. Le bail prend fin à la date d'effet du congé, pas à la date de l'EDL. Si vous avez libéré le logement et proposé des dates pour l'EDL, vous n'êtes plus redevable d'aucun loyer après la fin du préavis.

Qui paie le commissaire de justice ? Les frais sont partagés par moitié entre le bailleur et le locataire, conformément à l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989. Le coût est fixé par décret.

Le commissaire de justice peut-il faire l'EDL sans le propriétaire ? Oui. Le commissaire de justice n'a pas besoin de la présence du propriétaire. Il lui suffit d'avoir les clés du logement. Son constat est opposable aux deux parties.

À partir de quand court le délai de restitution du dépôt de garantie ? Le délai court à partir de la remise des clés, pas de l'EDL. Si l'EDL de sortie est conforme à l'EDL d'entrée, le propriétaire doit restituer le dépôt sous 1 mois. En cas de différences, le délai est de 2 mois.

Que faire si le propriétaire refuse de prendre les clés ? Remettez les clés au commissaire de justice, ou envoyez-les par lettre recommandée avec AR. La date de remise des clés fait courir le délai de restitution du dépôt de garantie.

Le propriétaire peut-il me réclamer des loyers après la fin du préavis ? Non, sauf si vous occupez encore le logement. Le blocage de l'EDL ne prolonge pas le bail. Toute réclamation de loyer après la date d'effet du congé est infondée si le logement est libéré.

Sources

Information juridique

Les informations présentées sur cette page sont fournies à titre informatif et sont fondées sur les textes et sources disponibles au moment de sa publication ou de sa dernière mise à jour. La législation, la réglementation et la jurisprudence peuvent évoluer à tout moment. Les résultats et explications proposés par bail.immo ne constituent pas un conseil juridique et ne remplacent pas l’avis d’un avocat ou d’un autre professionnel du droit compétent.